Pourquoi la prévention et l’éducation sont essentielles en psychomotricité

J’adore les histoires de fantômes.

Ce que j’aime beaucoup moins, ce sont les tactiques manipulatoires qui utilisent les morts pour le plus grand bénéfice financier des vivants…

Je suis actuellement en train de travailler sur le troisième numéro de l’Emag « La petite Histoire » qui portera sur les croyances en la survivance après la mort et le rapport de l’Homme à l’invisible.

J’adore cette phase de recherches de sujets et d’informations avant de rédiger les articles. On en apprend des vertes et des pas mûres, et on découvre chaque jour le monde hideux du charlatanisme, de l’abus de faiblesse et de la manipulation en tout genre.

Le deuil est un processus long et complexe qui place celles et ceux qui le vivent dans une situation de proie facile pour les prétendus médiums, spirites, ou autres passeurs d’âmes.

Mais, derrière ces escrocs de l’au-delà, il y a une question qui me taraude même si elle pique un peu mon égo de psychomot.

Derrière le succès des vendeurs de rêves, de ceux qui flirtent avec l’espoir et la douleur, derrière ceux qui s’enrichissent sur le malheur des autres, où sommes nous, nous psychomotriciens ?

Je vois beaucoup de professionnels des sciences lutter contre les fausses informations en tout genre.

Je vois des psychologues, des philosophes, des historiens, des anthropologues proposer leur regard de professionnels sur des sujets de société, dénoncer les détournements de leurs métiers par des personnes peu ou pas qualifiés mais qui se parent du titre magique « d’expert ».

Mais, il y a un regard que je ne vois jamais : le regard psychomoteur.

Alors, pourquoi, nous psychomot, alors même que durant nos études on nous parle de prévention et d’éducation psychomotrices, pourquoi sommes-nous si absents des débats publics en général, et de la dénonciation des vendeurs de rêves en particulier ?

Voyons un peu ce que ces mots « prévention » et « éducation » ont à nous dire et si le moment n’est pas venu, en 2021, de leur donner la place qu’ils méritent.

 

De l’intérêt de la prévention et de l’éducation psychomotrice à tout âge

Historiquement, la prévention et l’éducation psychomotrice ont été essentiellement tournées sur le développement du bébé et du jeune enfant.

Le développement psychomoteur des premiers mois et années de la vie de l’être humain est essentiel à accompagner, à stimuler pour qu’il soit le plus harmonieux possible.

La détection de troubles précoces est également essentielle, permettant ainsi la pose d’un diagnostic et la mise en place d’une prise en charge adaptée par une équipe de soins dans laquelle s’inscrit la psychomotricité.

Parler de prévention et d’éducation psychomotrice auprès des bébés et des jeunes enfants est non seulement logique, c’est essentiel.

Ces bases posées, il n’en demeure pas moins que le jeune enfant est appelé à devenir un jour un adolescent, lui même appelé à devenir un adulte. Adulte, qui suivra, de décennies en décennies, des changements psycho-corporels importants.

Les interactions avec le milieu (l’école d’abord, le travail ensuite ; les changements familiaux comme le passage du statut d’enfant à celui de parent, etc), le vieillissement cognitif et physique, contribuent en permanence à notre développement.

L’être humain est un être en perpétuel développement, qui subit le temps plus qu’il ne le maîtrise, qui interagit et communique, influence et se fait influencer… bref, un être en « mouvement » constant, appelé à des changements psychologiques et corporels massifs.

Chaque stade, chaque âge, chaque étape de développement prépare le suivant.

La prévention et l’éducation psychomotrice sont donc essentielles à chaque âge.

Est-ce bien utile ?

Mais, une question se pose : pourquoi la prévention et l’éducation psychomotrice seraient si utiles aux adultes ?

Si on comprend leur importance pour les bébés et les jeunes enfants, il est encore parfois difficile de parler de prévention et d’éducation psychomotrices auprès des adultes.

Pourtant, la vie n’est pas un long fleuve tranquille pour l’être psychomoteur devenu adulte.

Les accidents de la vie, les maladies, les handicaps, les troubles psychomoteurs, les difficultés relationnelles, les deuils, les traumatismes, le vieillissement cognitif et physique, etc menacent et peuvent, à tout moment, rompre les constructions psycho-corporelles et cognitives les plus solides.

Et parce que l’adage le dit si bien « Il vaut mieux prévenir que guérir », faire de la prévention et de l’éducation psychomotrice à tout âges, permet d’éviter ou de retarder l’apparition de troubles psychomoteurs.

La prévention et l’éducation psychomotrice permettent aussi d’informer le public sur le métier de psychomotricien, sur les fonctions psychomotrices humaines, sur les troubles psychomoteurs.

Personne d’autre ne le fera à notre place. Personne… sauf les escrocs.

La prévention et l’éducation psychomotrice ne sont pas des options. Ce sont donc des questions d’éthique.

Si les informations ne sont pas fournies par des professionnels diplômés dont le métier est protégé, un vide se crée. Et la nature ayant horreur du vide, celui-ci sera vite rempli par les vendeurs de pilules miracles, de « thérapies » loufoques ou de monnayeurs du deuil.

Tout ceci pour le plus grand malheur du public, des patients et des aidants.

Comment s’y prendre ?

Tout cela est bien joli mais, ça ne dit pas comment la prévention et l’éducation psychomotrice peuvent se mettre en place.

Et sur cette question, la réponse est finalement simple : par les médiateurs psychomoteurs

Tout support de communication peut servir à l’éducation et à la prévention en psychomotricité. L’essentiel, n’est pas le support mais, l’information qui doit être transmise.

Mais, le plus important reste évidemment l’aspect humain.

Le métier de psychomotricien s’est construit sur la pluridisciplinarité entre la psychologie, la psychiatrie, l’anatomie, la physiologie…

La prévention et l’éducation s’inscrivent dans cette pluridisciplinarité qui doit, aujourd’hui, s’élargir aux milieux éducatifs et scolaires.

Face à la multiplication des troubles psychomoteurs qui affectent le vie scolaire de nombreux enfants, il est aujourd’hui essentiel que la psychomotricité sache quitter les salles de pratique pour aller à la rencontre des professeurs, des éducateurs et des familles.

Les professeurs peuvent entendre beaucoup de choses mais, ils ne sont pas formés pour comprendre les troubles psychomoteurs ni apporter des solutions pratiques dans leur classe. Tout simplement parce que ça n’est pas leur métier. C’est le nôtre.

Et c’est donc à nous, psychomot, d’aller apporter l’information à celles et ceux qui en ont besoin.

Conclusion

La prévention et l’éducation psychomotrice font parties intégrante du métier de psychomotricien.

Ce sont cependant, les deux notions les plus mises de côté.

La prévention et l’éducation psychomotrice permettent :

– De transmettre une information professionnelle non biaisée,

– De favoriser la stimulation cognitive, corporelle, émotionnelle à tous les âges

– D’éviter ou de ralentir l’apparition de troubles psychomoteurs.

Plus qu’un simple geste d’altruisme envers la société, la prévention et l’éducation psychomotrice participent aussi à la crédibilité de la profession.

Aucune profession de santé n’échappe aux questions d’éthique.

Délaisser ces champs d’action, c’est courir le risque de mettre le public, les patients et les aidants en danger. C’est aussi courir le risque de voir le métier de psychomotricien être considéré comme une pseudo-science.

J’adore les histoires de fantômes.

J’aime beaucoup moins qu’on joue avec les biais cognitifs et les émotions humaines pour soutirer un billet.

Alors j’ai crée un Emag et j’écris sur ce blog.

Ce sont toutes des ressources gratuites et consultables à loisir. C’est ma façon à moi d’informer, de faire de la prévention et de l’éducation psychomotrice.

Mon médiateur à moi c’est l’Histoire, que j’utilise pour parler d’espace et de temps, de mémoire, de relation, de communication, des représentations du corps, des émotions. Bref, pour parler des êtres psychomoteurs et de leur évolution à travers le temps.

Les voies de la prévention et de l’éducation ne sont pas impénétrables.

Il suffit d’oser trouver ses propres voies d’expression.


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2 commentaires

  1. Merci pour cet écrit ! il rejoint un des fondements du Collectif Communic’Actif des Psychomotriciens : une des premières action de prévention est l’accès à l’information ! Notre profession manque cruellement de visibilité, mais c’est (essentiellement) à nous de lui en donner 😉 Connaissez vous nos affiches ?

    1. Un grand merci pour votre commentaire 🙂 Je viens de découvrir votre collectif que je ne connaissais pas! Je travaille aussi beaucoup sur la base de visuels sur les réseaux sociaux. Je vais suivre votre activité 🙂 Encore merci, je suis heureuse de connaître votre travail sur la connaissance du métier 🙂

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