Vous êtes un être psychomoteur

La psychomotricité. Ce long mot de six syllabes est de plus en plus connu.

En France, la psychomot c’est depuis 1974, une profession paramédicale, reconnue par un Diplôme d’État.

La psychomotricité s’est développée partout dans le monde, et de plus en plus d’écoles forment à ce métier où cognition, émotions et corps sont au fondement de l’être humain.

Mais, si je vous disais que la psychomotricité, avant d’être un métier, c’est une fonction de l’être humain ?

Si je vous disais que, de même que la médecine n’a pas inventé les maladies, le métier de psychomot, n’a pas inventé la psychomotricité humaine ?

Voyons de plus près toutes les nuances qui se cachent derrière ce grand mot de six syllabes mais, surtout, partons à la rencontre de nous, les êtres psychomoteurs.

 

Vous êtes un être psychomoteur

Chaque être humain est doté de fonctions psychomotrices qui lui permettent d’apprendre, d’interagir avec autrui, de poser des actions et de se mouvoir.

La psychomotricité humaine c’est l’ensemble de ces fonctions qui font appel aux processus cognitifs (mémoire, langage, apprentissage, etc), aux processus émotionnels et au corps pour agir sur le monde.

Si la psychomotricité, en tant que discipline, partage certaines conceptions théoriques avec d’autres disciplines comme la psychologie, son intérêt propre réside dans la prise en considération de l’individu dans toutes ses sphères : cognitives, émotionnelles et corporelles.

Ce qui intéresse le psychomotricien, les fonctions psychomotrices et leurs interactions constantes et bien souvent, automatiques.

Il arrive parfois que ces fonctions psychomotrices dysfonctionnent. On parle alors de « troubles psychomoteurs »

Nous arrivons tous au monde avec des fonctions psychomotrices plus ou moins fonctionnelles, mais ces capacités, fruits de la génétique, des influences de l’environnement, de la biologie, etc signent notre façon unique d’être au monde.

Nous sommes tous des êtres psychomoteurs, avec nos forces, nos faiblesses, nos compétences, nos difficultés.

L’absence ou la présence de troubles psychomoteurs ne définit pas un être humain qui reste avant tout, un être psychomoteur.

 

La psychomotricité : 4 champs d’action

Finalement, on pourrait résumer la psychomotricité humaine comme la recherche de l’équilibre entre toutes les fonctions psychomotrices.

Mais, si cet équilibre est l’idéal vers lequel on tend, en réalité, il est des situations où l’équilibre nous semble instable, voir impossible.

Parce qu’il arrive à l’équilibre de se rompre, parce que la vie est faite d’expériences pas toujours heureuses, les fonctions psychomotrices sont parfois usées ou cassées.

C’est dans ce cadre que le métier de psychomotricien se déploie, accompagnant la personne sur la voie d’un nouvel équilibre.

 

La rééducation

La psychomotricité s’inscrit dans les prises en charges globales de rééducation.

Elle accompagne les autres rééducations paramédicales (kiné, ergo, etc) et vise la récupération ou l’adaptation des fonctions psychomotrices après un accident. (chute, suites d’un AVC, etc)

 

La thérapie

La psychomotricité accompagne la personne dans l’expression de ses ressentis psycho-corporels à travers l’utilisation de médiations telles que l’expression corporelle, les activités artistiques, la relaxation, etc

 

L’éducation

La psychomotricité a aussi un rôle majeur dans la transmission d’informations et de pratiques psychomotrices pour favoriser un développement psychomoteur harmonieux.

L’éducation psychomotrice a longtemps été centrée sur le bébé et le jeune enfant.

Si ces stades de développement sont essentiels au bon développement du futur adultes, l’éducation psychomotrice ne serait se limiter à ces âges.

L’éducation psychomotrice est essentielle à chaque âge de la vie.

Le XXIème siècle soulève de nouvelles problématiques et la psychomotricité aura bien des challenges à relever au cours des décennies à venir.

Le psychomotricien, de part ses connaissances en psychologie mais aussi en anatomie, physiologie, neurologie, est un acteur central de transmission d’informations auprès des patients, mais aussi, des aidants familliaux, et du grand public en général.

Et puis, le psychomot c’est aussi le roi du ludique et de la créativité donc on peut lui faire confiance pour trouver les supports et les techniques les plus originaux pour faire passer tous les messages !

Parce que la vie n’est pas linéaire, parce ce que ce qui a été acquis hier peut être perdu demain, l’éducation psychomotrice vise à une meilleure connaissance de soi et des ressources psychomotrices dont l’individu dispose.

De la périnatalité jusqu’à la fin de vie, l’éducation psychomotrice permet d’apporter des ressources essentielles au patient comme aux accompagnants et plus généralement, au grand public.

 

La prévention

Transmettre, véhiculer de l’information autour de la santé est certainement un enjeu majeur à l’heure où la santé est entourée de mythes.

Internet et la rapidité d’un clic , accroissent chaque jour les influences des fake news entourant la santé et les gourous d’un « bien-être » rapide et facile pullulent.

Les découvertes en neurosciences ont bouleversé ce que l’ont pensait du cerveau et de son fonctionnement.

On sait aujourd’hui qu’on peut apprendre à tout âge, que les fonctions cognitives s’entretiennent comme un athlète entretient ses muscles.

La prévention psychomotrice vise à prévenir ou à retarder l’apparition de certains troubles ou comportements.

Là aussi, ce champs d’action est essentiel à chaque étape du développement.

Nos 20 ans préparent nos 40, nos 40 préparent nos 60, etc

Toutes les expériences acquises à un âge donné, consolident nos fonctions psychomotrices, renforcent notre connaissance de nos états émotionnels, cognitifs et corporels.

Tout au long de la vie adulte, nous faisons face à des expériences de vie qui modifient nos structures existantes, les renforçant parfois, les mettant à mal d’autres fois.

Toutes ces ressources sont essentielles pour avancer dans la vie et prévenir les accidents évitables ou les comportements à risques tels que les suicides.

Si l’on comprend mieux aujourd’hui que toute atteinte psychique a des répercussions corporelles et inversement, si la place des émotions est bien mieux prise en compte dans les comportements, la prévention et l’éducation psychomotrices sont essentielles à une meilleure compréhension des êtres psychomoteurs.

 

Les médiateurs psychomoteurs

La relation entre le psychomotricien et son patient passe souvent par un élément tiers : le médiateur psychomoteur.

Ce médiateur est un outil qui peut prendre des aspects très divers : toute technique d’expression corporelle (danse, théâtre, etc), activités artistiques (dessin, peinture, modelage, collage, etc) ou encore les techniques diverses de relaxation.

En psychomot, tout peut être un médiateur.

Le plus important, ce n’est pas l’outil pour lui-même. Ce qui est central, c’est la personne qui utilise l’outil.

En psychomotricité, il est important de toujours partir de l’unicité de la personne : qu’est-ce qu’elle aime ? A-t-elle une passion ? Qu’est-ce qui lui procure de la joie ? Du bien-être ?

Les médiateurs psychomoteurs sont des leviers d’expression et de relation.

Ce sont des supports qui permettent une forme de triangulation offrant un espace de liberté : liberté d’être soi, liberté de s’exprimer et d’exprimer ce que l’on veut, ce que l’on est en capacité à un moment T d’exprimer.

Si le médiateur n’est qu’un support, un des dangers qui pèsent sur la profession de psychomotricien, c’est le recours au médiateur pour lui-même.

Parce qu’aujourd’hui encore certains psychomot se voient qualifiés de « papouillothérapeutes » ou de « calinothérapeutes », parce que l’apparente simplicité d’un geste ou d’un jeu vaut au professionnel des sourires moqueurs, la surenchère d’actions est tentante.

Il ne faudrait pas que le médiateur psychomoteur éclipse l’essentiel de ce qui se joue en psychomotricité : la reconnaissance de l’unicité d’un être psychomoteur, l’établissement d’une relation thérapeutique en vue d’offrir un cadre sécurisant favorisant l’expression de soi et de ses fonctions psychomotrices.

 

Conclusion

De même que la médecine n’a pas inventé les maladies, le métier de psychomotricien n’a pas inventé la psychomotricité.

J’oserai même : il n’en a pas l’exclusivité.

Tous les êtres humains sont des êtres psychomoteurs, indépendamment de l’absence ou de la présence de troubles psychomoteurs.

Si les champs de la rééducation et de la thérapie psychomotrices s’exercent dans un espace dédié appelé « salle de psychomotricité », la prévention et l’éducation psychomotrices dépassent de loin, nos salles et nos cabinets.

Le grand public, les patients, leurs accompagnants, ont le droit à des informations de santé de qualité, loin des chimères des faux prophètes mais vrais escrocs.

Le XXIème siècle et ses défis, verra la poursuite du développement de cette jeune profession qu’est la psychomotricité pour qu’il soit naturel de dire : « Je suis un être psychomoteur ! »

 

 


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2 commentaires

  1. Mary a dit :

    Magnifique article que chaque futur étudiant(e) devrait lire avant de s’engager dans les études de psychomot. Cette vision de la psychomotricité est la mienne depuis 27 ans et elle me permet de me passionner toujours et encore pour mon métier….ma passion. Tout n’est pas toujours rose, ne rêvons pas, il y a des jours plus difficiles que d’autres mais j’ai toujours envie d’emmener un peu plus loin les jeunes que j’accompagne.
    Merci pour ce bel article

    1. Merci pour votre gentil retour 🙂

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