Créativité : 4 mythes à dégommer d’urgence (partie I)

« J’aimerais tellement être créatif ! »

Vous avez sûrement déjà entendu cette phrase. Pire, vous l’avez peut-être déjà prononcé vous-même.

L’admiration pour la créativité est très répandue. On passe notre temps à s’émerveiller sur cette capacité à imaginer, à inventer, à rêver qui semble auréoler certains individus.

Quand on interroge autour de soi, on se rend compte qu’à la question « Et toi, es-tu créatif ? », la réponse fuse : « Moi ? Oh non ! Je ne suis pas créatif pour un sou ! ».

L’affaire est pliée, le constat sans nuance et le jugement définitif.

Et si je vous disais que la plupart des choses que vous entendez sur la créativité sont fausses ? Que des mythes vous persuadent tous les jours que la créativité est un don, un cadeau des Dieux donné à certains élus ?

Si je vous disais que la créativité est une donnée humaine présente en tout être humain depuis l’enfance et qui perdure à l’âge adulte ? Que vous êtes un être créatif qui vous ignorez ?

Prenez votre lance-pierre et préparez-vous à dégommer quatre mythes pour reprendre les rênes de votre créativité.

   La créativité : un concept mal compris

Parler de créativité ça paraît simple. Tout le monde en parle, on retrouve le concept des ateliers d’artistes aux bureaux des publicitaires, de l’école aux entreprises.

Pourtant, qu’est-ce qu’être créatif ?

Selon Wikipédia, la créativité c’est « la capacité d’un individu ou d’un groupe à imaginer ou construire et mettre en œuvre un concept neuf, un objet nouveau ou à découvrir une solution originale à un problème. »

Bon, on voit un peu de quoi il en retourne mais, si la définition nous donne un aperçu de la signification du mot, elle ne nous dit rien sur la manière dont on s’y prend pour être créatif.

Car il ne suffit pas d’agiter une baguette magique ou de remuer le nez comme Samantha Stevens dans « Ma sorcière bien aimée » pour être créatif.

La créativité est avant tout un processus. C’est un enchaînement, une suite d’éléments, qui mis bout à bout, donnent vie aux idées et permettent leur mise en action. Et ce processus mental est accessible à chaque être humain.

On comprend alors que la créativité n’est pas l’apanage ni des artistes ni de quelques élus. La créativité est fondamentale dans de nombreux secteurs : stratégique, scientifique, pratique, mathématique… pour n’en citer que quelques uns.

   Pourquoi les mythes sur la créativité nous font du mal

« D’accord, c’est bien joli, me direz-vous, mais, il y a quand même des données scientifiques qui prouvent que la créativité, on l’a ou on l’a pas ! »

Alors, voyons de plus près ce que ces données « scientifiques » disent…

La théorie du « cerveau droit et du cerveau gauche » a démontré que certains individus sont plutôt « cerveau droit » (et donc analytique) alors que d’autres sont plus « cerveau gauche » (créatif).

Théorie séduisante mais… totalement fausse ! Cette histoire de « cerveau droit » et de « cerveau gauche » a fait le tour des magazines et des revues grand public mais, n’a pourtant jamais été démontrée et validée par la communauté des neuroscientifiques.

Nous avons tous un cerveau qui a bien deux hémisphères (un droit et un gauche). S’il est vrai que certaines fonctions sont davantage réalisées par un des deux hémisphères, cela ne signifie pas pour autant que seul cet hémisphère est actif.

Par exemple, la fonction du langage est majoritairement traitée par l’hémisphère gauche. Une lésion d’une des aires du langage (aire de Broca ou aire de Wernicke) va entraîner une aphasie, c’est à dire une perte totale ou partielle de la capacité de parler.

Mais, l’hémisphère droit joue également un rôle dans le langage, notamment sur la compréhension des mots simples, des phrases courtes, du langage métaphorique, de la prosodie, etc.

Ce que l’on sait, c’est que les deux hémisphères communiquent sans arrêt par l’intermédiaire du corps calleux qui les relie. Et ce qui est essentiel, c’est cette connexion.

Toute la journée, nos deux hémisphères traitent les informations qui parviennent à nos sens (vue, audition, odorat, goût, toucher), les sélectionnent, les interprètent. Si chaque hémisphère traite l’information de façon différente, c’est la somme de ces traitements qui va permettre la prise de décision et l’action.

La créativité n’est donc pas réservée à des « cerveaux gauches » pour la simple raison qu’un « cerveau gauche », ça n’existe pas.

Pour être créatif, il faut que les deux hémisphères cérébraux fonctionnent normalement et qu’ils communiquent sans entraves.

« Je suis trop analytique pour être créatif. »

Ce mythe rejoint le premier mais, sans l’utilisation du cerveau comme caution scientifique.

On oppose souvent les capacités d’analyse à la créativité. Pourquoi ? Mystère…

S’il y a bien un stéréotype tenace, c’est bien celui de penser que la créativité est synonyme de « pensées sans filet », d’idées partant dans tous les sens.

Si l’image de l’artiste laissant exprimer toutes ses idées en vrac pour créer un chef-d’œuvre est romantique, la réalité l’est beaucoup moins.

Non seulement la créativité ne s’oppose pas aux capacités analytiques mais, celles-ci sont essentielles pour que la pensée créative puisse exister.

En effet, pour être créatif, il faut pouvoir analyser les informations transmises par l’environnement, définir un problème, comprendre les enjeux, déterminer les actions à mener, etc. Bref, mettre en place un chemin de pensée et d’analyse pour proposer une solution nouvelle, créer un concept nouveau, résoudre un problème, ou même peindre un tableau.

C’est un peu comme si vous marchiez sur un sentier pédestre. Avant de vous engager, vous allez prendre les informations de l’environnement. Vous allez mettre en branle vos sens pour lire les panneaux, regarder autour de vous pour être sûr qu’il n’y a pas de voitures ou de motos. Vous allez alors confirmer qu’il s’agit bien d’un sentier pédestre et vous y engagez. Vous pouvez marcher, courir, sauter, démarrer un jeu de ballon… bref, imaginer différentes façons de vous déplacer dans cet espace. Votre créativité peut se déployer, vous pouvez imaginer toutes les actions car vous savez que le sentier est sécurisant.

Le combo analyse/créativité fonctionne de la même manière. L’analyse, c’est le chemin balisé qui permet à la créativité de se déployer sans partir dans tous les sens.

Cette analyse est rapide, presque inconsciente mais, même si nous ne la percevons pas, elle est néanmoins présente et essentielle pour que les idées s’organisent et que le processus créatif se mettent en marche.

« La créativité c’est pour les génies.»

Einstein disait : « La créativité c’est l’intelligence qui s’amuse. »

Alors évidemment, si Einstein, avec son QI de 160 dit ça, on a vite fait de conclure que pour être créatif, il faut forcément une intelligence supérieure.

Pourtant, ce n’est pas ce qu’a découvert Margaret Boden, professeur en science cognitive à l’université du Sussex.

Lors d’une recherche, elle a comparé les capacités créatives de personnes au QI « normal » (autour de 100) et celles de personnes au QI supérieur à la norme (110 et plus). L’expérience a montré qu’il existe une différence entre les personnes ayant un QI de 100 et celles qui ont un QI de 120, ces dernières montrant des capacités créatives plus développées. Mais, au-delà de ce chiffre, il semble n’exister plus aucune différence !

Comment expliquer ces résultats ?

Pour Margaret Boden la créativité est une caractéristique fondamentale de l’intelligence humaine. C’est donc une composante de l’intelligence mais, qui agit en association avec d’autres capacités : la perception, la cognition, la pensée analytique, la réflexion, les émotions, la motivation et la personnalité. Ce à quoi il faut aussi ajouter des facteurs extérieurs tels que le contexte culturel.

La créativité est donc un savant mélange d’intelligence mais, surtout d’interactions entre des facteurs internes à l’individu et des facteurs externes.

Pour être créatif, il faut certes des capacités intellectuelles mais, nul besoin d’être un génie !

« Seuls les enfants sont capables d’être créatifs. Une fois adulte, on perd cette capacité. »

Ce quatrième mythe tire certainement son origine d’une étude réalisée en 1968 par la NASA.

À cette époque, la NASA met au point un test de créativité.

Il en ressort que si les enfants de cinq ans ont un score de créativité de 98 %, les adultes s’en tirent avec un pénible… 2 %!

Cette étude a fait couler beaucoup d’encre et demanderait à être réactualisée et son protocole explicitée pour être validée.

Derrière la bataille des statistiques, ce que l’on sait c’est que les enfants sont les rois incontestés de la créativité. Le développement des fonctions cognitives, perceptives et motrices chez l’enfant s’accompagne d’un développement et d’un renforcement constant des capacités créatives.

Sommes nous alors condamnés, une fois adulte, à voir ces capacités nous filer entre les doigts ?

Heureusement, les choses ne sont pas aussi figées !

Les dernières décennies ont apportées des connaissances nouvelles sur le cerveau et ses processus de fonctionnement. La notion de plasticité cérébrale a notamment mis en avant les capacités du cerveau à compenser ses atteintes et ses lésions ou à se reprogrammer par les apprentissages.

Les apprentissages que nous faisons toute notre vie, par l’intermédiaire de notre corps et de nos facultés cognitives, modifient les circuits neuronaux de façon continue. Nous sommes donc non seulement capables d’apprendre tout au long de notre vie mais, de mobiliser toutes nos ressources (cognitives, émotionnelles, motrices) pour les associer et ainsi entretenir notre créativité.

Si la créativité née et se développe chez l’enfant, elle n’a pas d’âge de péremption !

Conclusion

La créativité fait partie de l’intelligence humaine. C’est un processus qui implique des interactions constantes entre capacités intellectuelles, cognitives, émotionnelles, etc en vue de résoudre des problèmes, de trouver de nouvelles solutions.

C’est certainement l’un des aspects les plus fascinants de l’être humain mais, aussi celui le plus mythifié, et ces mythes plombent littéralement les possibilités créatives de nombreux individus.

Nous avons vus quatre des conceptions les plus erronées sur la notion de créativité individuelle. Éloigner ces erreurs c’est bien mais, c’est loin d’être suffisant.

Un question demeure : pourquoi la créativité semble t-elle si difficile à entretenir et a développer une fois adulte ?

Dans cet article, nous nous sommes attachés à démontrer comment certaines croyances peuvent limiter la créativité individuelle, mais d’autres demeurent.

Si chaque être humain est un être psychomoteur unique, il doit composer avec des codes et des règles sociétales.

Ces codes et règles influencent-ils notre rapport à la créativité ? Quel rôle le milieu (culturel, scolaire, familiale, etc) joue dans l’expression (ou la non-expression) de la créativité ?

La réponse dans le prochain article…


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